On peut lire dans certains archives judiciaires de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Montréal, les compte rendus de procès durant le régime français. Les situations décrites rappellent parfois des pages entières du Journal de Montréal d’aujourd’hui. Des vols, des meurtres, des viols, des crimes d’inceste et autres surviennent de temps à autre. J’ai choisie une histoire qui n’est pas la plus dramatique, mais qui, je le souhaite, mérite votre attention…
En ce printemps de 1687, au mois de mai, Pierre Boudreau dit Laramée, habitant de Lachine et âgé de 59 ans, fait courir la rumeur à l’effet que Marguerite Picard, 21 ans, femme de Jean Paré, sergent et commandant du fort de Lachine ouvre sa porte aux hommes.
Le curé Pierre Rémy s’interpose dans cette histoire en faisant entendre à Laramée que les calomnies ne mènent à rien et surtout constituent un manquement grave aux valeurs chrétiennes. Or, Laramée fait la sourde oreille aux propos de son curé qui est convaincu des bonnes mœurs de la paroissienne, si bien que le prêtre demande l’intervention du sulpicien François Dollier de Casson auprès des autorités civiles. Le 27 mai 1687, Laramée est arrêté et, trois jours plus tard, il est interrogé par Migeon de Brassart, officier de justice.
Selon le témoignage de Laramée, malgré les désirs de vengeance qui pourraient l’animer, il affirme avoir vu à quelque reprises Marguerite Picard couchée dans les champs avec un homme nommé Saint-Vincent. Cependant, Laramée se garde bien d’avouer avoir traité publiquement Paré de con.
En fait, les griefs de Laramée contre le couple Paré-Picard s’avèrent assez nombreux. Il y a dix-huit mois, Jean Paré aurait refusé de lui payer des bottes jugées trop petites. Devant l’insistance de Laramée à se faire payer, le couple l’aurait rudoyé et maltraité au point qu’il aurait eu des séquelles pendant huit jours. De plus, Laramée prétend avoir échangé un minot de blé contre du beurre à Marguerite Picard. Au moment de réclamé son dû, le couple l’aurait menacé de 50 coups de bâton pour se défendre des calomnies à leur endroit.
Par contre, Laramée doit répondre à l’officier de justice Brassart sur le fait qu’il se soit rendu chez les Paré avec un fusil chargé. Dans cette histoire, qui se complique, on apprend aussi que Jean Paré et Vincent Dugas (le présumé amant de Marguerite) font le commerce de l’eau de vie. À un certain moment ces derniers auraient entrainé Laramée dans une partie de cartes après l’avoir saoulé le délestant d’une somme assez substantielle. Le surlendemain Laramée se promène avec son fusil de chasse pour se changer les idées. Dugas fait croire aux voisins que Laramée cherche à le tuer. Les citoyens s’entendent pour arracher le fusil au pauvre malheureux pour envoyer la pièce à conviction au gouverneur.
Ainsi, malgré les protestations de Laramée au tribunal, le 31 mai 1687, il est condamné à s’excuser pour avoir répandu auprès de la population et par vengeance, des propos sur les mœurs soi-disant légères de Marguerite Picard.
Une adaptation tirée de Denis Gravel, Histoire du Village des Rapides, un quartier de LaSalle, Montréal, Méridien, 1992 (selon une recherche de Sylvain Deschênes, un collaborateur, dans le livre de Robert-Lionel Séguin, La vie libertine en Nouvelle-France).
Une affaire de mœurs : Paré vs Laramée
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