Pauline Marois n'a même pas attendu 48 heures pour faire savoir qu'elle allait annuler la hausse des droits de scolarité. Elle a ainsi raté une belle occasion de démontrer qu'elle est prête à travailler en concertation avec les députés qui détiennent la majorité des sièges à l'Assemblée nationale.
Sur le plan légal, le parti qui détient la majorité des sièges peut décréter l'abolition de ces frais, même si ceux-ci font partie du cadre budgétaire adopté par les députés. Ce qui me stupéfait, c'est qu'après avoir réclamé, sur toutes les tribunes, que son prédécesseur soit davantage à l'écoute de la population, la première décision de Mme Marois va nettement à l'encontre de la volonté de la majorité des citoyens. Le Parti québécois n'a recueilli que 32% des suffrages exprimés et il ne dispose que de 54 sièges sur 125, à l'Assemblée nationale. Même en ajoutant les deux sièges de Québec Solidaire (qui s'oppose aussi à la hausse des frais), il lui manque encore sept députés pour détenir la majorité. Qu'est-ce qui peut bien inciter la nouvelle première ministre à provoquer un tel affrontement avec la CAQ et le PLQ?
Peut-être que Mme Marois voulait faire savoir aux étudiants que même sous un gouvernement péquiste minoritaire leurs revendications allaient être exaucées, ce qui favoriserait un retour à un climat plus serein dans les cégeps et les universités. Si c'est le cas, cette stratégie pourrait fort bien être vaine, car il est permis de croire qu'après avoir fait plier le gouvernement à coups de manifestations et de désobéissance civile les étudiants les plus revendicateurs soient bien tentés de poursuivre leur combat. Et face au parti politique qui les a ouvertement appuyés, leur détermination n'en sera que plus intense.
Déjà, les représentants de la CLASSE invitent la population à une grande manifestation, le 22 septembre prochain. Et ils seront d'autant plus hardis que la première ministre leur annonce à l'avance qu'ils n'auront pas à s'inquiéter des rigueurs de la loi 78 qu'elle s'apprête à abroger. Ce qui risque de refroidir leur ardeur, cependant, c'est que les centrales syndicales, les artistes et les humoristes ne les soutiendront plus aussi ouvertement, maintenant que c'est «leur» parti qui détient le pouvoir...
Mme Marois prétend vouloir servir les Québécois avec l'appui des députés de l'opposition, mais elle s'est hâtée d'annoncer des projets que ces derniers avaient dénoncés pendant toute la campagne. Outre l'annulation des frais de scolarité, l'une de ses priorités est l’application de la Charte de la langue française aux cégeps et aux entreprises de 11 à 49 employés. Qu'en penseront les citoyens qui, dans une proportion de 58%, ont voté pour les deux partis qui s'opposaient à ces mesures?
Il y a pourtant, dans le programme du Parti québécois, de nombreux engagements qui plaisent à la majorité des gens. Mme Marois pourrait facilement les réaliser, car les députés de la CAQ et le PLQ n'oseraient probablement pas s'opposer à des mesures indubitablement populaires. Malheureusement, ce ne semble pas être sa priorité; elle préfère répondre aux attentes de la minorité de citoyens qui composent son électorat. Par son empressement à combler sa «base», elle ferme la porte à une collaboration parlementaire qu'elle prétend rechercher.

