Sortie de filles!

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Jean-Guy Marceau

Accroupie devant sa nouvelle machine à laver rouge cerise, Annie sort une pile de linge humide. Activité ennuyante qu’elle répète quelques fois durant la semaine. Gestes machinaux et pourtant si utiles pour sa famille. Deux ados et un mari, ça en fait du lavage, ça mange, ça se salit.

20h40, les hommes sont devant le téléviseur. Un mardi soir-hockey. Même si leur équipe favorite, les Canadiens, joue comme des pieds, ils en mangent du hockey. Pierre-Paul, son conjoint, joue dans une ligue de garage, où il a le droit de se prendre pour Desharnais, deux heures par semaine. Leurs fils sont aussi des hockeyeurs avertis. Annie, ce soir, lave le linge. Elle s’adonne au badminton, tous les mercredis soirs. C’est sa sortie de filles avec ses copines Nicole, Johanne et Manon.

On ne sait pas vraiment de quoi ça parle des filles un mercredi soir. On sait que ça parle cependant. Contrairement à nous autres les bonhommes, elles disent et nomment les choses. Ce sont quatre femmes d’action. J’ai l’impression, que dis-je, la certitude qu’elles font ce qu’elles disent et, souvent, qu'elles disent ce qu’elles font.

Le sujet de l’après-match de mercredi dernier : le lâcher-prise. C’est Johanne qui aborde le thème devant son deuxième martini. Elle prétend haut et fort que son chum ronfle comme l’Orient-Express et qu’il refuse de l’admettre, et par le fait même, de consulter un spécialiste.

– «Toué pis tes "spécialisses"», lui dit-il.

Elle ne dort plus depuis des années. N’écoutant que son courage, Johanne fait chambre à part depuis le début de 2012. Selon elle, ça fait l’affaire des deux. Après 27 ans de mariage, dit-elle, se retrouver seule dans un grand lit «queen», sans son gros Ti-Bob, sa chaufferette, comme elle l'appelle, sans ses «viraillages» et surtout, dormir dans le silence… ça valait la peine de lâcher prise.

Nicole, elle, c’est le jeu. Son chum joue au casino. C’est son deuxième bureau, comme elle dit en riant. Elle en rit parce qu’elle ne vit pas avec lui et elle considère qu’il a encore un semblant de contrôle sur son petit vice. Heureusement, qu'il est riche et qu’elle n’en souffre pas. C’est juste trop. Elle partage ses week-ends avec un homme gentil, bon et aimable qui n’a d’autres intérêts que son maudit Journal de Montréal et son Black Jack. Manque d’amour, manque d’intérêts communs, manque d’attention. Bingo! La dame de cœur est tannée… Vive la liberté, lance-t-elle. C’est la tournée, les filles!

Manon, de son côté, ne supporte plus l’affection outrageuse que son Georges démontre envers son gros matou, Pistache. Elle en ferait une tarte de son chat. Faut quand même pas exagérer. Pistache occupe le centre de leur vie. Ils n’ont pas d’enfants et le gros minou en profite. Gâté à l’os, il est roi et maître dans la maison et le conjoint en remet tous les jours.

– Non, c’est assez! Je suis certaine qu’il me déteste, ce gros tapis pleine de puces. En tout cas, moi, je l’haïs, lance-t-elle, en terminant bruyamment son Bloody Mary. J’ai décidé de plus m’en occuper et de repousser ma retraite! Georges ira passer son hiver à Fort Lauderdale avec Pistache.

Tout le monde rit. La soirée se termine dans la bonne humeur, sans qu'Annie ait révélé quoi que ce soit. De toute façon, les gens heureux n’ont pas d’histoire. Elle n’a rien à revendiquer, songe-t-elle, en pliant les jeans de son chum…

Quelque chose dans la poche… Ah! une carte d’affaires un peu froissée: «Sonia, massages érotiques».

Organisations: Journal de Montréal

Lieux géographiques: Black Jack, Fort Lauderdale, Ah

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