Dans cette salade, l'on retrouve également François Legault de la CAQ et Amir Khadir de Québec Solidaire, deux partis complètement différents qui n'ont pas encore su générer beaucoup d'intérêt auprès de la population.
Enfin, plusieurs candidats recyclés ont entrepris un jeu de chaise musicale, en changeant tour à tour de parti, ajoutant ainsi à la confusion générale; à tel point qu'un organigramme serait nécessaire pour tout comprendre.
Mais l'une des plus grosses nouvelles fut sans contredit l'annonce de l'entrée en politique de Léo Bureau-Blouin, l'un des trois protagonistes du mouvement étudiant et certainement le plus éloquent, le plus modéré et le plus sympathique des trois. Il représentera le PQ.
Les fédéralistes du Québec ont grogné en entendant la nouvelle, pendant que les souverainistes espéraient que cette candidature insuffle un vent nouveau à leur formation dont l'idéologie est à sens unique.
Je n'ai que du respect pour M. Blouin qui s'est conduit de façon fort honorable sous une extrême pression. Mais je me sens mal pour ce jeune homme de vingt ans qui devra composer avec un parti réputé pour être une machine qui digère puis recrache ses candidats presqu'aussitôt. Comment va André Boisclair ces jours-ci?...
L'opportunisme de Pauline Marois ne cesse cependant de me fasciner. La leader péquiste, après avoir passé de nombreuses semaines confuses à arborer le carré rouge sur sa veste, réalisait soudainement que les élections approchaient et qu'elle avait besoin du vote de monsieur et madame Tout le monde qui ont, somme toute, peu de sympathie envers la cause étudiante. En un tournemain, le carré rouge disparaissait de son collet, peu de temps avant que Léo Bureau-Blouin ne fasse son entrée avec ses 20 000 abonnés Twitter. Reste à voir maintenant si ces étudiants tellement increvables quand vient le temps de manifester dans les rues, s'exprimeront véritablement là où ça compte, c'est-à-dire dans les bureaux de vote.
Les élections qui s'annoncent risquent fort d'être une vraie partie de poker. Certains prétendent que M. Charest, malgré les odeurs de corruption et une arrogance sans réserve, s'en tirera avec un gouvernement minoritaire.
D'autres misent sur un PQ qui réussira à canaliser toute cette hargne pour prendre le pouvoir.
«C'est assez, faut que ça change» est devenu le cri de ralliement de la CAQ, même si on ne sait pas trop «comment» M. Legault s'y prendra; pas plus que l'on en sait sur le «ça» de son slogan.
Indépendamment du tapage de casseroles, de l'indigestion de carrés rouges et des ridicules protestations nues, ce mouvement est tout à fait justifié. -
J'ai suivi avec intérêt le mouvement de protestations étudiantes, mais j'ai toujours eu du mal à identifier ce qui me chicotait dans toute cette histoire, jusqu'à ce que j'assiste au spectacle de l'humoriste Marc Maron au festival Just for Laughs. Il y parlait du mouvement Occupy Wall Street et de ses manifestations. Maron nous rappelait que dans tous les bulletins de nouvelles, la caméra focalisait toujours sur des types coiffés de tresses rastas qui jouaient du bongo.
– «Je regardais un topo tourné à Philadelphie et il était là avec ses tresses et son bongo! Dans une autre manif à Washington…. le même gars était là! Et croyez-moi, je suis dans le fameux 99%, pas le 1%... J'aimerais bien appuyer ce type avec des tresses, mais il n'est pas mon genre!»
Maron a réussi à focaliser sur ce petit quelque chose qui fait décrocher tout payeur d'hypothèque moyen et simple électeur sans histoire qui désire vivre sa vie sans devoir taper sur des casseroles.
La vérité est que cette cause est noble. Ça n'a rien à voir les minables 350$ à payer pour les droits de scolarité. Ça a quelque chose à voir avec un système corrompu et figé dans le cadre duquel des vice-recteurs se baladent en Lexus pendant que l'on demande à des étudiants sans le sou de se serrer la ceinture.
Indépendamment du tapage de casseroles, de l'indigestion de carrés rouges et des ridicules protestations nues, ce mouvement est tout à fait justifié.
Reste à voir maintenant si les étudiants feront avancer leur cause ou se nuiront eux-mêmes en s'enfonçant dans des excès et des violences qui jetteront les mères de famille du Québec dans les bras de Jean Charest.
Pour l'instant, l'issue du scrutin demeure tout à fait imprévisible, malgré ce qu'en disent certains qui, eux aussi, y vont au pifomètre, et quand tout sera fini, les uns regretteront leurs stratégies de campagne pendant que les autres formeront le prochain gouvernement.

