À travers le temps, à LaSalle, nombreux sont les personnes qui peuvent relater à un moment ou l’autre une histoire dite scandaleuse sur nos élites politiques ou encore parmi nos entrepreneurs (pots de vin, conflits d’intérêts, alcoolisme chez nos élus municipaux et quoi encore…). Dans un article plus récent, nous avons souligné la vente de lots de terrains qui appartiennent à des conseillers municipaux pour permettre l’établissement d’une grande entreprise en retour d’une réduction de taxes de 50 %, une politique des années 1925 à 1939. La nouvelle compagnie, par exemple Seagram’s, avait l’obligation d’embaucher des LaSallois. L’électeur, qui obtient ainsi un emploi, était encouragé à voter pour le conseiller sortant lors de l’élection municipale. La réélection était quasi garantie. Aujourd’hui, on ne pourrait accepter une telle politique où le conflit d’intérêts s’avère évident.
Au cours des années 1960, deux conseillers municipaux laSallois qui s’entendaient comme larrons en foire pouvaient apporter des modifications aux règlements municipaux moyennant une contribution sous la table!!! Qui ne se souvient pas des stations d’essence installées l’une en face de l’autre à la même intersection…
Or, l’un des plus grands scandales laSallois est la destruction même de son patrimoine bâti. Ainsi, l’un des vestiges du Poste militaire royal établi à la fin du XVIIIe siècle est détruit par le feu en 1967. Il s’agissait probablement de la poudrière. L’année suivante, c’est au tour du noviciat des Petites Sœurs de L’Assomption situé près de la 69e Avenue et du boulevard LaSalle d’être détruit pour laisser la place à un édifice à logements multiples. La chapelle-école Saint-Nazaire construite en 1916 subit le même sort vers 1970 pour éviter à la Commission scolaire de LaSalle des frais d’entretien. Le monastère des Pères oblats est démoli en 1970 (secteur du parc des Saints-Anges), le château Groll en 1971 (3e Avenue et boulevard LaSalle), la maison de ferme des Somerville et la maison du meunier (secteur des rapides de Lachine) qui servit d’exercice d’incendie pour les pompiers de la Ville en avril 1971 subissent tous le même sort.
Entre 1977 et 1984, dans les dernières années au pouvoir de Gerald Raymond, l’ancien terrain de golf se couvre d’immeubles pour la plupart résidentiels. Par contre, la partie qui pourrait être la plus rentable du terrain, le bord du fleuve, demeure inoccupée. La Ville exproprie cette partie du terrain pour l’aménagement du parc des rapides, parc qui est d’ailleurs né dans la controverse. En effet, suite aux pressions de comités de citoyens (Comité Espaces verts LaSalle et la Société historique Cavelier-de-LaSalle), la municipalité change le zonage d’une large bande de terre située au bord du fleuve qui avait été auparavant désignée pour la construction de grandes tours d’habitation de 6 à 12 étages. Le changement de zonage permet donc de planifier un large parc, mais pour cela il s’avère nécessaire de détourner le boulevard LaSalle, qui longe le fleuve pour le faire passer un peu plus à l’intérieur des terres. Il n’y a qu’un obstacle : dans les plans établis par la Ville, le nouveau tracé du boulevard empiète sur le manoir Ogilvie.
La levée de boucliers de la part des citoyens pour protéger cet immeuble se heurte au conseil municipal. Le maire Raymond et ses conseillers voient d’un mauvais œil la perspective d’avoir à tout recommencer le zonage, d’avoir également à renégocier l’entente signée avec le gouvernement québécois qui concerne le parc et surtout d’avoir à refaire le tracé du boulevard LaSalle seulement pour conserver un vieux manoir abandonné. Malgré les tentatives répétées de plusieurs instances pour sauver le manoir dont le Comité des citoyens Espaces verts de LaSalle, le manoir Ogilvie disparaît dans les flammes d’un incendie criminel en février 1981, quinze jours avant d’être classé bien culturel par le ministre des Affaires culturelles, Denis Vaugeois. Selon plusieurs observateurs, la population a tenu Gerald Raymond politiquement responsable de cette destruction en lui causant une défaite à l’élection de 1983.
À LaSalle, les auteurs de l’incendie sont connus d’un bon nombre de citoyens. Il m’est impossible d’en faire état publiquement malgré les témoignages qui peuvent confirmer mes propos. Il n’en demeure pas moins que la population conserve un pouvoir trop souvent décrié : celui de voter pour nos élus. Au moment d’une élection, le citoyen peut éjecter de son siège celui ou celle qui a perdu sa confiance.

