En cet été de 2010, certains pionniers laSallois peuvent se souvenir de l’existence d’une plage entre les limites de Verdun et de LaSalle et la 8e Avenue. On pouvait s’y prélasser sous les chauds rayons du soleil et même se baigner. Le barrage hydroélectrique construit à la fin du XIXe siècle a favorisé la régulation de l’eau dans cette partie du quartier dénommé Village des Rapides, anciennement le Bronx. En fait, encore aujourd’hui de fort nombreux résidants utilisent l’expression Bronx pour désigner leur quartier !
Au cours des années 1920 et 1930, les gens de localités environnantes tels que Saint-Henri et Verdun envahissent la plage surnommée Rocky Beach durant le week-end. Ils s’ajoutent aux villégiateurs locaux pour profiter des eaux du fleuve Saint-Laurent. Quelques kiosques installés sur les galets par les Bélanger, Dumas, Leblond et Lussier vendent des boissons gazeuses et de la crème glacée. Assez tôt le samedi matin, les tramways déversent leurs flots de visiteurs près de la 4e Avenue. Bon nombre d’entre eux sont d’origine polonaise et ukrainienne.
Les LaSallois ne désirent pas recevoir autant de personnes, souhaitant conserver ce lieu pour soi. On rouspète contre les pique-niqueurs et les baigneurs des quartiers voisins. Le curé lui-même se met de la partie pour donner ses sermons contre le port du costume de bain, surtout le dimanche. Il se rend parfois sur la plage pour faire observer ses consignes.
En juillet 1930, durant le mandat du maire Louis Chatelle qui réside dans le quartier Bronx, les autorités municipales décident d’interdire le port du costume de bain dans les rues de LaSalle. À l’écoute des plaintes du curé de la paroisse Notre-Dame-du-Sacré-Cœur, Joseph Allion, le conseil municipal s’emploie à maintenir le bon ordre et les bonnes mœurs. En juillet 1943, la municipalité engage un policier à 50 cents de l’heure pour faire respecter la réglementation pendant la saison d’été. Ce policier doit empêcher les baigneurs de marcher dans les rues à moitié vêtus. Par exemple, les hommes ne peuvent se promener sans avoir enfilé un chandail ou une chemise. L’honneur et la réputation de LaSalle sont en jeu, affirment les élus municipaux. Le port du costume de bain déplaît au curé encore une fois durant les années 1940. Les autorités de la Ville ont même songé à imposer une taxe aux pique-niqueurs vers la fin des années 1930 pour réduire le flot de visiteurs. Finalement, cette mesure n’a pas vu le jour.
En 2010, le secteur, toujours fort prisé de la population, est devenu un lieu d’observation des oiseaux tels que le héron, de randonnées pédestres ou de fréquentation des cyclistes.
