La course la plus folle au monde
Malgré la rétinite pigmentaire, Christiane Ladouceur sera du Défi Vision pour la Fondation MIRA
Malgré la rétinite pigmentaire qui la rend semi-voyante, Christiane Ladouceur n'a vraiment pas froid aux yeux. Mordant dans la vie à pleines dents, elle profite de chaque jour passé en compagnie de son fils et de son inséparable chien-guide Flûte, magnifique Golden Retriever de quatre ans. Le vendredi 13 juin prochain, la LaSalloise de 54 ans participera pour la seconde fois au Défi Vision, événement homologué dans le livre des records Guinness comme «la course la plus folle au monde», présenté à l'Autodrome de Granby au profit de la Fondation MIRA.
Native de Verdun, Christiane Ladouceur habite LaSalle depuis 1984. Mère célibataire d'un fils de 25 ans, elle est retraitée d'Hydro-Québec depuis 2006, après 26 ans de services. «La rétinite pigmentaire est génétique mais je suis la seule de ma famille à l'avoir. Sans billet, j'ai gagné le gros lot de la rétinite. J'ai été diagnostiquée en 1996, à l'âge de 43 ans et ça progressé de façon fulgurante. En 94, je n'avais aucun problème, en 96, il ne me restait que 40 % de champ visuel et en 2000 je n'avais plus que ma vision centrale. Aucune vision périphérique. J'ai remplacé les quatre roues de ma voiture par mes deux jambes. Je fais presque tout comme tout le monde, sauf que c'est plus long. Je vis au jour le jour. Ma plus grande activité, c'est la Fondation MIRA. Il n'y pas de mots pour dire comment j'apprécie la liberté et l'autonomie qu'ils m'ont donné en m'offrant Flûte.»
Défi Vision, c'est quoi !
Sous la présidence d'honneur du réputé pilote automobile et chroniqueur Bertrand Godin, le Défi Vision en sera à sa 21e édition. Trente-quatre coureurs aveugles prendront le départ, accompagnés d'autant de copilotes voyants du monde artistique, des médias et du monde des affaires. L'objectif de cette course de stock-car est d'amasser plus de 100 000 $ afin de permettre à des personnes handicapées visuelles et/ou physiques de recevoir, gratuitement, un chien-guide ou un chien d'assistance. Prix d'entrée: 25 $ pour les adultes et c'est gratuit pour les enfants de 12 ans et moins.
Christiane Ladouceur en sera à sa seconde expérience et sa copilote sera Carole Zabihailo, spécialiste de l'Institut Nazareth et Louis-Braille. «C'est une adrénaline difficile à décrire de remettre les mains sur un volant car j'ai dû renoncer à mon permis de conduire en 2000, après 25 ans de conduite. Pour des semi-voyants comme moi, ils nous mettent ce qu'il faut pour qu'on ne puisse rien voir. L'an dernier, je suis partie de la cinquième place sur un plateau de 41 voitures et terminé au sixième rang parmi les 15 voitures qui ont pu compléter l'épreuve. Le copilote ne peut toucher au volant. Je vais là pour le fun et c'est un défi de finir la course. Au-delà de la course, ça met les réflecteurs sur MIRA et j'ai une admiration sans borne pour cette organisation qui ne reçoit aucune subvention gouvernementale et qui se finance par des dons corporatifs et privés. Au Québec, c'est la seule école qui donne ses chiens-guides gratuitement.»
Son coup de foudre pour Flûte
Chaque chien naît d'un reproducteur soigneusement choisi, passe deux mois en pouponnière et va ensuite en famille d'accueil pendant un an pour le socialiser. Il revient ensuite chez MIRA et passe des tests pour être classé comme chien-guide, chien d'assistance ou chien d'aide aux enfants autistes. Le dressage spécifique prend six mois. «Quand on va pour recevoir un premier chien, on reste cinq semaines chez MIRA, où nous sommes logés et nourris. On a deux entraîneurs avec nous et c'est à notre tour d'être dressé. Ils nous enseignent comment utiliser le chien-guide et transfèrent le statut de maître de l'entraîneur à l'utilisateur,» explique Christiane Ladouceur.
«Dans les premières journées, ils nous font essayer différents chiens. J'en ai essayé trois avant Flûte. D'autres le trouvaient trop excité. J'ai été la première à le faire coucher sur moi. Il s'est couché sur le dos et m'a présenté son abdomen comme s'il me disait qu'on ferait une bonne équipe. Quand ils nous attribuent nos chiens, nous sommes huit et il y a 12 chiens. Pour aller aux toilettes, je devais passer à travers les chiens. Flûte est le seul qui s'est levé et est venu me voir. En revenant, Flûte est encore venu me voir et j'ai appris que ce serait le mien. Je l'ai choisi mais je pense qui lui aussi m'a choisie.»
Depuis, la maîtresse et son chien forment une équipe gagnante. «C'est plus qu'un membre de ma famille. Il va partout où je vais. Ce sont mes yeux. Je ne suis plus obligée de m'arracher les yeux pour trouver une porte. Il évite les obstacles que je rencontre mais c'est moi qui décide quand on traverse une rue. Il me permet de mieux me concentrer sur les bruits ambiants car j'ai remplacé mes yeux par mes oreilles. Avec ma canne, je ne sortais presque jamais. Avec le chien, c'est un plaisir d'aller marcher. Quand je lui montre son harnais, il sait qu'il va travailler mais pour lui, le travail n'est pas un fardeau. Chaque jour, mon chien se fait brosser le poil et les dents. Il va chez le toiletteur quatre fois par année et ne mange que la meilleure nourriture.»
La Fondation MIRA existe depuis 1981 et compte plus de 60 employés. Elle est la seule école au monde à attribuer des chiens-guides à des aveugles de moins de 15 ans et elle attribue maintenant des chiens d'assistance à des enfants présentant diverses déficiences et à des personnes handicapées physiques. Depuis sa fondation, MIRA a donné plus de 1 350 chiens-guides et chiens d'assistance.