Quelques minutes avant le départ. De gauche à droite: Richard Proulx, Sonia Gaudreault, Yasmina Redjouani et Diane Poirier.
Quatre coureurs des Kilomaîtres au Marathon à la sauce pékinoise
Le 19 octobre dernier, quatre coureurs des Kilomaîtres de LaSalle, Diane Poirier, Richard Proulx, Louise Harel et Sonia Gaudreault, étaient à Pékin pour le marathon et demi-marathon de la capitale de l’empire chinois. Ils ont savouré une expérience mémorable dans les rues de la populeuse et dynamique ville olympique. Quelques impressions sur un marathon à la sauce pékinoise
Le marathon de Pékin illustre à merveille le choc des cultures chinoise et occidentale qui se manifeste dans la plupart des facettes de la vie en Chine. Ainsi, tout coureur venant chercher à Pékin une dose de dépaysement devra plutôt se contenter d’une certaine stupéfaction à la vue des balbutiements, parfois amusants, parfois agaçants, de l’industrie du marathon en Chine. Le marathon en tant qu’industrie, soit celle qui remplit les hôtels et les restaurants et qui fait le bonheur des agences de voyage qui vous organisent deux semaines de vacances autour de l’événement, est une création occidentale pour citoyens aisés et en forme, et pour villes à la recherche de reconnaissance internationale. Il était donc logique que Pékin, qui veut se hisser au rang des plus grandes capitales mondiales et profiter de la manne touristique, organise son marathon. Toutefois, pour le moment, c’est-à-dire jusqu’à ce que la grandissante classe moyenne chinoise épouse le sport récréatif comme activité (et à voir la publicité à Pékin, ce n’est qu’une question de temps), Pékin ne constitue pas une véritable terre d’adoption pour le marathon.
Le Chinois moyen ne fait pas de sport
Première constatation: le Chinois moyen ne fait pas de sport, préférant des activités plus ludiques comme le tai-chi et la danse. Nous avons visité quatre villes regroupant environ 50 millions d’habitants sans apercevoir l’ombre d’un seul joggeur. Quant à la multitude des cyclistes, ils pédalent sans casque, parfois à deux ou à trois sur leur pesante monture, surtout pour aller à leur travail. Le sport en Chine, c’est l’affaire des écoles sportives qui produisent en vase clos de futurs médaillés olympiques. En fait, les sports récréatifs ou compétitifs pratiqués par la population canadienne, comme la course à pied, le vélo, le triathlon, le kayak, voire même la randonnée pédestre, sont des concepts inconnus – et surtout incompris – par la vaste majorité de la population.
Pour ne pas trop perturber les 12 millions de Pékinois, les organisateurs avaient fixé un délai de cinq heures pour terminer le marathon, et un autobus ramasserait les retardataires qui n’atteindraient pas un chrono précis à certains endroits sur le parcours. Cette décision inhabituelle était peut-être sage considérant le niveau de sensibilisation des Pékinois à l’égard du marathon; toutefois, elle éliminait du coup bon nombre de débutants et de marathoniens récréatifs. Bref, pour promouvoir le marathon parmi le peuple, il s’agissait d’un compromis plutôt contreproductif! Les demi-marathoniens étaient invités à une épreuve non chronométrée sur le même parcours que le marathon, les condamnant à un petit entraînement pour le plaisir et le paysage. Leur seule motivation serait donc d’avoir parcouru la distance...
8000 participants
Par une matinée limpide contredisant les appréhensions au sujet de la pollution, 8000 participants se sont regroupés sur la place Tiananmen, centre politique de la nation où s’élève le Palais de l’Assemblée du peuple et où, au lever du soleil, des militaires hissent le drapeau rouge au son de l’hymne national... qui avait maintenant fait place à une séance endiablée de «dance music» animée par de jeunes et jolies Chinoises qui invitaient les coureurs à s’échauffer avant l’épreuve. Une joyeuse anarchie régnait: commanditaires distribuant des souvenirs, groupes d’employés et d’étudiants se réunissant autour de drapeaux et scandant déjà des encouragements, vendeurs de camelote diverse, et militaires tentant stoïquement de conserver un semblant d’ordre dans ce fouillis. Les Chinois voulaient se faire photographier avec des Occidentaux, et les Occidentaux avec des Chinois. Les coureuses occidentales attiraient l’attention: très peu de femmes courent en Chine et les Chinois essayaient d’engager la conversation avec elles. Quant à l’équipement, les shorts en lycra n’existent pas et les véritables souliers de course sont rarissimes : on se croirait à un marathon au Québec en 1978. Diane, ma partenaire de course, se faisait tâter les hanches par des Chinois fascinés par sa ceinture porte-bidons. Ils jouaient à enlever et remettre les bouteilles et à deviner la nature de leur contenu.
Après un bref discours du ministre des Sports applaudi à tout rompre, nous nous sommes élancés. Dans la ville, le parcours était ceinturé par des soldats au garde à vous à tous les 200 mètres, et par de solides dispositifs policiers au coin des rues, visant à prévenir tout Pékinois exaspéré d’investir le parcours en auto, en moto ou en vélo. Rassurés, nous avons tourné à gauche devant la Porte de la paix céleste pour s’engager sur un boulevard où nous avons été accueillis par la clameur d’une foule énorme venue applaudir les participants. Plusieurs équipes d’écoles, d’universités et d’entreprises revêtues de leurs couleurs et menées par un porte-drapeau se criaient des «Taïo! Taïo!» («Allez! Continuez!») et invitaient les spectateurs à emboîter le pas..
Il était facile d’établir un contact avec les spectateurs et de s’échanger des salutations. L’événement suscitait un sentiment de fierté. Les postes de ravitaillement étaient bien organisés; toutefois, le cordon des vigilants militaires rendait tout «arrêt technique» dans la nature un peu gênant, et ce n’est qu’au 15e kilomètre que nous avons trouvé un mur un peu plus privé et accueillant. En périphérie de Pékin, nous avons longé des autoroutes achalandées et bruyantes qui ont cassé le charme de notre expérience. Après la Porte de la paix céleste, emprunter un viaduc surmontant une autoroute, c’est un peu moche... Nous avons aussi constaté que la compréhension des Pékinois a des limites : à compter du 32e kilomètre, aux intersections où le dispositif policier était plus faible, nous devions parfois attendre au feu rouge pendant que les policiers faisaient passer la meute des automobiles!
À la fin, nous avons longé le Cube d’eau et le Nid d’oiseau pour ensuite pénétrer dans un stade. Par méconnaissance sans doute, aucun bénévole ne remettait les médailles à la ligne d’arrivée, ce qui est pourtant pratique courante au marathon. Nous étions regroupés en lots de 200 à 300 coureurs devant une grande porte, et sommés d’attendre par des militaires. Dans une cohue indescriptible, nous devions tenter d’obtenir notre médaille, notre t-shirt officiel et notre collation de la part de bénévoles débordés et peu préparés. Les militaires intervenaient pour que les Occidentaux obtiennent leurs articles, n’hésitant pas à nous faire passer devant les Chinois. Faut dire que cette journée-là, nous venions de loin...
Marathon de Pékin: Organisation: 5/10. Parcours: 8/10. Ambiance: 10/10.
Patrick
Commentaire mis en ligne le 15 novembre 2008J'ai couru également le marathon de Pékin cette année. Comme vous, j'ai été agréablement surpris par l'ambiance et très décu par la mauvaise gestion à l'arrivée. Mon compte-rendu et mes photos sont disponibles sur mon site.
Patrick (webmaster de www.marathons.fr)