Diverses considérations sur l'augmentation des taxes foncières à LaSalle
1- Ils nous ont élus, qu'ils se taisent! Ainsi raisonnent sans doute une mairesse et des conseillers en qui les électeurs de LaSalle ont mis leur confiance. Pour empêcher le plus grand nombre possible d'électeurs d'exprimer leurs dissentiments, ils ont même organisé une assemblée le mardi matin 21 novembre 2006 à 8 heures. C'est à croire qu'ils ont voulu appliquer la boutade de l'écrivain Paul Valéry (1871-1945) à l’effet que la politique est l'art d'empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. Il est possible que la réaction de quelques lecteurs consistera à s'exclamer: «Ah! La barbe! Cela suffit, ne nous ennuyez pas avec des citations d'intellos: nous le savons que gouverner, c'est mécontenter et que nous ne sommes pas tenus de les admirer, ce qu'ils savent d'ailleurs.» Incidemment, nous notons que dans la dernière livraison du Messager, celle du 31 décembre 2006, contrairement aux années passées, les frimousses de la mairesse et des conseillers de LaSalle accompagnées de leurs meilleurs vœux brillent par leur absence. À Verdun pourtant, les photos du maire Trudel et des conseillers paraissent dans le Messager local de Verdun du 31 décembre 2006.
2- Au nom de quels principes humanitaires ont-ils osé agir au détriment de citoyens qu'ils sont avant tout tenus de protéger et de favoriser? Dans deux Messagers successifs en décembre 2006, on nous en a mis plein la vue avec des montants tendant à démontrer qu'à LaSalle, la taxe foncière (pour un duplex) est moindre que dans trois autres arrondissements. Quelle façon dérisoire de concevoir leur rôle! Comme s'il s'agissait de gérer lucrativement une entreprise commerciale: piètre mentalité mercantile- d'autres diraient «mesquine» et de bas étage-. Ils agissent, calculent et décident en égocentriques privilégiés et nantis insoucieux du sort des électeurs. Exemple patent de ladite mentalité: lors de l'assemblée à laquelle réfère le premier paragraphe, une contribuable s'est exclamée que l'augmentation projetée l'obligerait à vendre sa propriété: réaction de la valeureuse mairesse: «Ah! Ben! Ça va être bon pour les agents d'immeubles.» Notons qu'à cette assemblée, un conseiller agent immobilier était présent, ainsi qu'un conseiller de la même vocation.
Au surplus, nous sommes en droit de nous étonner qu'il faille surtaxer les contribuables pour prétendument consolider une réserve financière, déjà suffisamment rondelette et cela, sans égard au rendement taxatoire (néologisme utile) que généreront à l'avenir les nouveaux immeubles qui prolifèrent à LaSalle, condos, habitations locatives, etc.
3- La politique au Québec comme partout ailleurs au Canada, fonctionne par étages à la manière des vases communicants. Il s'ensuit qu'un gouvernement supérieur (l'Assemblée nationale notamment) ne saurait se désintéresser des abus et des injustices que peuvent se permettre les gouvernements subalternes (cités, villes, municipalités). Il en va même de son devoir, le cas échéant, d'intervenir pour tempérer les ambitions exorbitantes des magnanimes élus de LaSalle. Qu'il y ait dans la province des élections générales en 2007 ou plus tard, les électeurs de LaSalle se souviendront des effets de la surtaxe sur leur bourse.
4- Devoir tolérer un maire et des conseillers déconnectés à un tel point de la réalité est vraiment déplorable. Se ficher ainsi de la situation financière de la majorité des contribuables dépasse l'entendement. Nous sommes ici tentés de citer pour leur édification la très humaine réflexion d'un magistrat dans un cas de pension alimentaire: «un juge ne devrait jamais oublier le prix d'une pinte de lait.» C'était évidemment avant la conversion au système métrique. En outre, pour les ramener sur le plancher des vaches, nous nous permettons de parodier un mot de Somerset Maugham (1874-1965) à savoir qu'il serait bon que chacun de ces élus orne son pupitre d'un rouleau de papier de toilette, question de leur rappeler leur condition humaine.
5- Cet abominable triomphe de la surtaxe,
malgré l'opposition générale des contribuables représente ce qui pouvait leur arriver de plus alarmant pour leur propre avenir. Il est possible qu'ils s'estiment très habiles, très puissants, qu'ils s'enorgueillissent, s'enhardissent jusqu'à vouloir convertir ce coup d'essai en coup de maître. Espérons qu'ils sauront atténuer leur ardeur pour ne pas s'acheminer vers un sort lamentable.
Les lecteurs bénévoles de cet article le trouveront peut-être ironique à certains tournants, mais sûrement pas cruel, ni diffamatoire. Il est évident que les circonstances justifient qu'on se plaigne. Si vous soumettiez vos propres réactions au Messager, nous vous conseillons de le faire modérément, sans surtaxer votre indignation. D'un autre côté, nul doute que la très dévouée députée de LaSalle accueillerait avec plaisir vos doléances concernant les conséquences de la surtaxe sur votre situation financière et le danger d'être obligé de vendre votre maison pour faire vivre des agents immobiliers. Une quantité impressionnante de lettres à son bureau, chaque jour, la sensibiliserait aux difficultés qui assaillent les LaSallois. La plus efficace solution se trouve là à la toute fin de l'article.
A. Ouellette, juge retraité de la Cour du Québec, contribuable de LaSalle-Janvier 2007